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Interview de Pierre CLOAREC de ASSIA : Les solutions logicielles innovantes pour les organismes de santé

Bonjour Pierre, en tant que Directeur Clients & Services chez ASSIA, comment votre entreprise définit-elle les solutions logicielles innovantes pour les organismes de santé?

Pour nous, l'innovation ne se résume pas à l'adoption de nouvelles technologies. Elle se mesure à l'impact concret sur les métiers de nos clients. ASSIA développe des solutions spécifiquement conçues pour les mutuelles et les enjeux stratégiques de leur marché. Notre approche de l'innovation part d'un problème opérationnel réel : une tâche répétitive à automatiser, un parcours utilisateur à simplifier, un risque de non-conformité, etc. et y apporte une réponse technologique maîtrisée. Aujourd'hui, l'intelligence artificielle s'intègre dans cette démarche comme un "super accélérateur" de l'innovation, mais toujours dans le respect des contraintes propres à notre secteur : RGPD/DORA, hébergement HDS, souveraineté numérique.

Quels sont à votre avis les principaux défis que rencontrent actuellement les organisations de santé en matière d'adoption de solutions logicielles innovantes?

Le premier défi, c'est la sécurisation des données. Les mutuelles gèrent des données de santé extrêmement sensibles. Toute solution innovante doit démontrer qu'elle ne fragilise pas cette protection, ce qui exclut un grand nombre d'offres cloud, même performantes. Le deuxième défi est organisationnel : les équipes métier ont développé des expertises profondes sur des processus complexes, et la transformation numérique nécessite leur appui. Nos clients n'ont pas toujours les ressources internes pour absorber ces évolutions seuls.

Pourriez-vous partager un exemple concret de la manière dont une solution logicielle innovante d'ASSIA a transformé les opérations d'un organisme de santé?

Nous testons actuellement avec un acteur spécialisé de l'IA documentaire l'automatisation complète d'actes de gestion : compréhension d'une demande, qualification, extraction et contrôle des données, saisie automatique et validation.
L'enjeu est concret : les équipes opérationnelles de nos mutuelles clientes passent aujourd'hui un temps considérable à saisir des données dans le back office de gestion. Avec un objectif de 80% d'automatisation en moyenne, ce n'est pas seulement une baisse des coûts, c'est du temps libéré pour améliorer la qualité des réponses, renforcer le service aux assurés, et amener un ROI qui a du sens.

Comment voyez-vous évoluer le rôle des technologies logicielles dans l'amélioration de la qualité des soins et de l'efficacité opérationnelle au sein des organismes de santé?

Le logiciel doit passer d'un rôle d'outil d'enregistrement à un rôle d'aide à la décision : détecter une spécificité dans un dossier avant qu'elle devienne un litige, identifier un risque de fraude, suggérer la bonne action pour un comportement atypique. Pour les équipes de gestion et de la relation assurés, cela signifie moins de tâches chronophages et plus de temps consacré aux situations qui nécessitent vraiment un jugement humain. Pour l'assuré, cela se traduira par des réponses plus précises et un renforcement de la satisfaction sur le ressenti de leur mutuelle.

Quelles sont les tendances actuelles ou émergentes dans le domaine des solutions logicielles pour la santé que vous jugez particulièrement prometteuses?

L'IA concentre aujourd'hui les tendances émergentes majeures, et je vois trois niveaux qui sont porteurs de promesses intéressantes.
L'IA générative d'abord : explication et rédaction de contenus, assistance à l'analyse, corrections et création de codes. L'IA agentique ensuite : avec des agents spécialisés sur des cas d'usage métier précis — un agent dédié à la gestion des remboursements, un autre au traitement des demandes administratives. C'est cette hyperspécialisation qui rend l'IA vraiment utile dans notre secteur. L'IA décisionnelle enfin, très prometteuse : détecter des fraudes, anticiper des risques, piloter par la donnée.
Chaque niveau pose ses propres exigences en matière de souveraineté et de protection des données de santé, ce qui reste, dans notre secteur, un prérequis non négociable.

En regardant vers l'avenir, quelles innovations logicielles espérez-vous voir se concrétiser dans le secteur de la santé au cours des prochaines années?

J'espère voir émerger une vraie couche de connaissance client, un KYC intelligent : une vision unifiée de l'adhérent, de son parcours et de ses besoins pour permettre à la mutuelle d'agir au bon moment et avec le bon message : identifier un prospect dont le profil correspond à une offre, détecter un adhérent à risque de résiliation pour le fidéliser avant qu'il parte, proposer un accompagnement prévention à quelqu'un dont la situation l'appelle, ou encore simplifier la gestion d'un dossier complexe grâce à une meilleure connaissance du contexte. Passer du réactif au proactif, c'est ma vision de ce que l'innovation logicielle doit apporter concrètement à notre secteur dans les prochaines années.

Quel conseil donneriez-vous aux professionnels de santé qui envisagent d'intégrer des solutions logicielles innovantes dans leurs pratiques?

Le premier conseil, et je crois qu'il vaut pour tout le monde, c'est de ne pas y aller seul. S'entourer d'experts qui combinent une vraie maîtrise technologique et une connaissance approfondie du métier. La technologie reste un outil au service des besoins fonctionnels, pas l'inverse. Sur les solutions intégrant de l'IA, les bonnes questions sont concrètes : quel modèle est utilisé, comment a-t-il été adapté aux spécificités métier, où sont les données, quelles sont les garanties de sécurité et de conformité, et quelle est la capacité d'intégration avec un SI existant ?
Ensuite, ne pas avoir peur de tester. lorsqu'on veut innover, attendre une certitude absolue avant de se lancer, c'est prendre le risque de ne jamais avancer. Ce qui compte, c'est de définir dès le départ comment on mesure le ROI et de s'y tenir. Un bon test, c'est un périmètre limité, des indicateurs clairs, et la capacité à monter en charge si ça fonctionne ou à se retirer proprement si ça ne correspond plus au besoin.
Enfin, sur des cas d'usage très précis, je privilégierais un acteur spécialisé plutôt qu'une solution généraliste, en vérifiant toujours qu'il sait s'intégrer dans l'écosystème existant et qu'il ne crée pas de dépendance irréversible.

Pour en savoir plus : https://assia.fr/

Publié le